The Revenant, d’Alejandro González Iñárritu

The Revenant

The Revenant, ou comment s’acclimater pour survivre dans un environnement hostile

Un metteur en scène déjà connu au bataillon

     Le mexicain Alejandro González Iñárritu n’en n’est pas à son coup d’essai ! Il a prouvé durant cette dernière décennie qu’il maîtrise plutôt bien ses sujets. L’an passé, il était primé avec son long-métrage Birdman (un plan séquence avec une musique entêtante sur les coulisses d’une pièce de théâtre). Mais ce n’est pas tout puisqu’il a mis en scène Babel (2006), Biutiful (2010), 21 Grammes (2003) et Amours chiennes (2000) qui lui ont valu un succès international et 12 nominations aux Oscars. Il a ce talent de s’adapter à toute nouvelle situation et de mettre en exergue son scénario. Cela peut paraître alors évident qu’il accepte de travailler sur l’adaptation du roman inspiré de faits réels The Revenant, de Michael Punke narrant l’épopée difficile d’un trappeur en conditions extrêmes abandonné de tous et laissé pour mort.

Un duo de génies mémorables

     Prendre Léonardo DiCaprio comme rôle principal semble évident. Dire qu’il est l’un des plus talentueux comédiens de sa génération va sans dire. Vu dans Mort ou Vif de Sam Rémi, l’acteur doit son premier succès au brillant Baz Luhrmann qui l’a choisi pour incarner l’espiègle Roméo en 1996 aux côtés de la virginale Claire Danes dans Roméo + Juliette. Il le fera jouer 15 ans plus tard dans son nouveau succès haut en couleurs : Gatsby le Magnifique. Ses films ont été bien choisis et il a toujours su bien s’entourer (Danny Boyle, Woody Allen, Martin Scorsese, James Cameron, Sam Mendès, Steven Spielberg, Ridley Scott, Clint Eastwood et tellement d’autres). DiCaprio a tourné avec tous les plus grands noms du 7ème art contemporain. À seulement 41 ans, il est LE comédien qui nous fait vibrer grâce à une capacité d’adaptation incroyable. Son talent est démesuré. Il n’a plus rien à prouver mais n’hésite pas à se mettre en danger à se donner entièrement. Pour The revenant, l’acteur délivre une prouesse incontestable, sûrement celle qui (enfin) lui permettra le 28 février prochain, de remporter le sésame prestigieux : l’Oscar du Meilleur Acteur 2016, qui lui a échappé maintes fois.

     Le British Tom Hardy quant à lui n’en est pas moins bon dans sa prestation plus que remarquée de « méchant » impitoyable. Son personnage de Fitzgerald fait froid dans le dos. Il est doté d’un acharnement et d’une insensibilité sans failles. Sa cruauté n’a d’égale que son inhumanité. Lui aussi est un maître dans l’art de la comédie. Ce comédien possède une capacité hors norme quand il s’agit de passer d’un personnage à un autre. Il est un véritable caméléon. Difficile alors d’imaginer que c’est lui qui incarnait à la fois l’antipathique Bane dans The Dark Knight Rises (2012), le frère aîné des Bondurant dans Des hommes sans lois (2013), Raumont dans Marie-Antoinette (2006) ou bien encore Handsome Bob dans RocknRolla (2008). Après Inception où il donnait la réplique à son partenaire DiCaprio, on le retrouvera l’an prochain dans Dunkirk de Christopher Nolan. À 38 ans, Tom Hardy a encore de beaux jours devant lui.

Une mise en scène magistrale

     Chaque séquence est découpée de façon millimétrée. Les plans sont ajustés jusqu’au plus petit détail. Les décors représentent une Nature plus que jamais célébrée. La neige craque, le vent souffle, la pluie ruisselle. La caméra demeure omniprésente avec des mouvements qui nous laissent, spectateur, acteur de la scène en question et cela dès la première seconde du film. On n’a jamais vu cela avant. Le travail de placement de la caméra est tellement subtil. L’enchaînement des raccords est considérable pour obtenir ce résultat si fluide et si réaliste. On a froid. On frissonne. On grelotte. On a peur. On est au plus près du héros qui souffre à chaque instant. Jusqu’à la fin on espère que l’hiver, si rude, laisse place au printemps mais non, il n’en est pas question. Il s’agit de ressentir, d’endurer, d’éprouver ce que le personnage Hugh Glass a affronté pour survivre au jour le jour. La lumière naturelle joue un rôle majeur dans les prises de vue admirables. C’est plus qu’un tableau. Le film est une œuvre poétique et émotionnelle. La musique est très peu présente. On laisse entièrement place au visuel et à l’esthétisme de cette œuvre qui se suffit à elle-même.

Des récompenses à la hauteur

  La magie opère incontestablement. Forcément, les retombées mondiales sont immédiates. Les récompenses pleuvent : Golden Globes 2016, Screen Actors Guild Awards 2016, British Academy of Film and Television Arts 2016 (BAFTA) et dans quatre jours il y a peu de doutes que le long remporte des Oscars. (Mise à jour du 28/02/2016 : Léo a décroché le précieux sésame !).

     Bref. The Revenant est le film de ce premier trimestre 2016 et peut-être (même s’il est trop tôt pour le dire) le film de cette année. Impossible de sortir indemne de la séance qui nous plonge au cœur d’un macrocosme spectaculaire. On en sort forcément bouleversé, troublé, secoué, chamboulé.

     Chloë Hugonnenc

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s