Big eyes, de Tim Burton

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Sortie française : le 18 mars 2015

Synopsis : Durant les années 1960, Margaret, mère peintre divorcée, quitte son mari. Elle rencontre rapidement un nouvel homme, Walter Keane, qui intègre sa vie. Ce dernier peint des scènes de rue et tous deux espèrent percer dans l’univers de l’art. Mais les galeries les repoussent. Un jour, une dispute entre Walter et le gérant d’un bar devient le point de départ du succès des œuvres d’art du couple. Seulement, Walter s’attribue les tableaux de sa femme, ceux qui évoquent les enfants aux grands yeux. La supercherie durera des années, jusqu’à ce que Margaret brise enfin le silence…

« Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux »

Tim Burton n’a pas fini de nous étonner. Cela fait déjà deux années que le célèbre sombre réalisateur ne nous avait pas entrainés dans l’un des ses univers captivants. Et il est clair que Tim a le mérite d’être épatant. Nous étions habitués au fantastique que ce soit en 1990 avec Edward Aux Mains D’Argent ou bien à l’animation avec L’étrange Noël De Monsieur Jack tout en passant récemment par Disney avec Alice au Pays des Merveilles entre autres. C’est dire si ce style burtonnien se reconnaît dans ses longs-métrages sombres et imaginaires. C’est pourquoi le choix d’un biopic est tout à fait surprenant. Vingt ans après la sortie d’Ed Wood, il semble revenir à ses premières amours. Pourtant, lorsque l’on regarde de plus près les toiles peintes par Margaret Keane, il semble évident que les grands yeux des enfants aient inspiré l’œuvre entière du réalisateur. Ainsi, cela fut–il sûrement pour lui une évidence d’adapter la vie de Margaret Keane. À la manière des peintres qui passent par différentes périodes, Burton semble ici prendre un nouvel élan ou bien n’est-ce qu’un choix de prendre un risque ?

Et pour cela, Burton sait s’entourer comme à chaque projet qu’il mène. Le couple phare est joué par deux des acteurs les plus talentueux de leurs générations. Amy Adams d’abord découverte dans la série Smallville puis révélée par Steven Spielberg dans Arrête-moi si tu peux. Elle enchaine petit à petit les succès et tourne avec les plus grands metteurs en scène comme David O. Russell dans American Bluff et Clint Eastwood dans Une Nouvelle Chance. Amy a également incarné Loïs Lane dans l’adaptation de Superman de Zack Snyder, Man Of Steel. À la fois juste et naturelle, Amy Adams ne semble être qu’au début d’une longue carrière. Elle a d’ailleurs déjà été récompensée pour son interprétation de Margaret Keane et a reçu le prix de la Meilleure Actrice aux Golden Globes 2015. À tout juste quarante ans, il est vrai qu’elle joue à merveille cette artiste si naïve qu’elle se laisse embobiner par son mari. Christoph Waltz ensuite incarne avec brio le mari manipulateur et mythomane. Cet autrichien reconnu sur le tard n’en est pas à son premier succès puisqu’il a eu l’occasion de nous montrer son talent de nombreuses fois. Quentin Tarantino l’a mis en scène dans Inglourious Basterds et Django Unchained, film pour lequel il a lui aussi été récompensé, notamment aux Oscars lorsqu’il a reçu le prix du Meilleur Acteur dans un Second Rôle. C’est dire si le duo choisi par Tim Burton allait fonctionner.

Les seconds rôles quant à eux ne sont pas en reste puis qu’on aperçoit la jolie Krysten Ritter qui a fait ses preuves dans la série adorée Breaking bad mais également la coupe au bol de Jason Schwartzman repéré dans Marie-Antoinette et plus récemment dans The Grand Budapest Hotel. Le travail d’adaptation de la vie du couple est plutôt réussi puisque le scénario se résume principalement à l’essentiel. L’histoire a été contée par deux pointures dans le milieu des scénaristes que sont Scott Alexander et Larry Karaszewski. Ces deux talents ont déjà œuvré pour Ed Wood mais aussi pour Man on the Moon.

Dès le début du long-métrage, l’héroïne quitte le cocon familial avec sa fille pour un nouveau départ. Très vite, elle tombe sur Keane qui l’embobine dès les premières secondes de la rencontre. Margaret, incrédule accepte la demande en mariage soudaine du menteur pour assurer la garde de sa fille. S’en suivent les succès de ses toiles et l’enchevêtrement de non-dits qui mènent à une vérité cachée. Durant cette période, la peintre se cherche et peint même des portraits à l’inverse de ses orphelins afin d’exister par elle-même dans un autre univers. Le couple fini par se déchirer pour enfin laisser exploser la réalité.

Pourtant, si le biopic n’est pas un genre que Burton aborde régulièrement (seulement Ed Wood en 1994), on peut notamment observer dans Big eyes la patte du maître. Certaines prises de vue sont typiques du créateur d’Ed Wood comme par exemple les gros plans, les plongées et à l’inverse les contre-plongées. La séquence qui se déroule dans le super marché, lorsque Margaret fait ses courses, représente la mécanique engendrée par Burton. En effet, la peintre semble voir de « grands yeux » sur chaque client qu’elle croise. Là on ne peut être que chez Burton. De plus, l’esthétisme du film est tout simplement bluffant. Que cela soit au niveau de la lumière ou des décors, il est clair qu’un travail fastidieux fut élaboré pour obtenir ce rendu. On se croirait constamment au cœur d’une toile. La bande originale à la fois jazzy et très années cinquante colle bien au film. Le fidèle acolyte de Burton, le compositeur Danny Elfman ainsi que Lana Del Rey et Cast Of Big Eyes nous accompagnent comme il se doit dans le parcours de Madame aux grands yeux.

Big eyes demeure une histoire sans fioriture mais un récit authentique et sincère. La réalité prend le dessus sur l’imaginaire du plus fantastique des réalisateurs du genre. Mais le film laisse apercevoir pour une fois une facette de Tim Burton que l’on n’imaginait pas. C’est un portrait personnel presqu’intime. Vous reprendrez bien un petit peu de douceur pastel dans ce monde hostile ?

Chloë Hugonnenc

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